Bridging the gap

Le lambi, la conque du Nèg Mawon

Sur le Champ-de-Mars, un marron de bronze souffle dans une conque. Le lambi a rassemblé les travailleurs, sonné la révolte et ouvert les chants. Il est la voix du Nèg Mawon.

Par Blackness Team

| 3 min de lecture
Lambi: The Conch of the Nèg Mawon

Sur le Champ-de-Mars, à Port-au-Prince, un homme de bronze a un genou à terre. Sa chaîne est brisée à ses pieds. Il ne lève pas d'arme. Il souffle dans une conque.

Le Nèg Mawon et sa conque

Le Nèg Mawon, c'est celui qui a refusé. Celui qui a quitté l'habitation pour les mornes, et qui y a bâti autre chose. En 1967, le sculpteur haïtien Albert Mangonès lui donne un corps : Le Marron inconnu. Machette plantée dans le sol. Chaîne rompue. Et le lambi aux lèvres.

Pas un poing levé. Un souffle. Le musicologue Michael Largey le rappelle : en Haïti, le lambi symbolise celui qui a quitté la plantation seul.

Avant d'être un symbole

Le lambi n'est pas un objet décoratif. C'est une présence quotidienne. On mange son pied, un muscle qu'on attendrit au bâton, et il reste la coquille. On en coupe la pointe, on souffle, et le son porte loin. L'instrument commence là où le repas finit.

Le son du pouvoir, puis du refus

Sur l'habitation, le commandeur sonne à l'aube. Il rassemble les travailleurs et cadence la journée. C'est le son de la contrainte.

En 1791, à Saint-Domingue, le souffle change de camp. La Jamaïque prend peur. L'année suivante, le Consolidated Slave Act interdit d'en souffler lors des rassemblements et range ces coquillages parmi les instruments militaires, en citant Saint-Domingue.

Trente ans plus tard, la conque sert encore d'alarme pendant la révolte de Demerara, en Guyane britannique.

Celui qui appelle plus loin

Même geste, autre destinataire. Sur un enregistrement du Smithsonian, un chant haïtien pour le lwa1 Badé s'ouvre par le souffle du lambi. La chercheuse Elizabeth McAlister le précise : en Haïti, ce son sert à appeler ceux qui sont loin. Loin dans l'espace. Ou loin dans un autre ordre. Le lambi n'accompagne pas le chant. Il l'ouvre.

L'héritage aux lèvres

En Guadeloupe, on souffle encore. Au carnaval, et sur les plages, où le lambi annonçait le retour des pêcheurs. Le musicien saint-martinois Patricio Piper, dit Patou, dit l'avoir appris ainsi, auprès de Guadeloupéennes qui en jouaient.

Dans les années 1960, un collectif culturel haïtien se nomme Lanbi. L'ethnomusicologue Gage Averill traduit ce nom : la conque qui signale la rébellion.

Cette collection

Le Nèg Mawon de cette collection reprend le geste de la statue. La conque n'est pas un détail de dessin. C'est sa voix. Celle qui a servi à rassembler, à alerter, à appeler plus loin.

Honorer le passé pour construire l'avenir. Porter ce motif, ce n'est pas afficher un souvenir. C'est prolonger un appel.


1 Lwa : dans le vodou haïtien, une présence avec laquelle on entretient une relation. On la salue, on la nourrit, on l'appelle. Pas un dieu lointain qu'on prie de loin.

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Née d'un engagement : faire vivre l'héritage africain et rassembler autour de lui. On n'a pas de leçons à donner. On regarde, on écrit, et ce qu'on comprend finit par devenir un vêtement.