Bridging the gap

Militer, c'est bâtir. Et bâtir ne se voit pas.

Par Blackness Team

| 4 min de lecture
Activism is building. And building doesn't show.

On confond souvent militer et prendre la parole. Ceux qui ont obtenu quelque chose ont surtout construit des choses qui leur ont survécu. C'est moins spectaculaire, et ça tient plus longtemps.

Gagner un débat, ça dure une soirée. Un métier à tisser, ça tourne tous les jours.

Un bon texte peut changer un avis. Puis il passe, et il faut recommencer avec la personne suivante.

Un métier à tisser, lui, tourne encore le lendemain. Il fait vivre celle qui s'y assoit, il achète le coton de celui qui l'a cultivé, et il habille des gens qui n'ont jamais entendu le discours.

C'est toute la différence. Une position s'exprime. Un outil sert.

Au Burkina Faso, entre 1983 et 1987, le gouvernement de Thomas Sankara impose aux fonctionnaires de porter le Faso Dan Fani, un pagne tissé à la main dans du coton du pays. Ce n'était pas une affaire de style. Le coton partait brut vers l'étranger et revenait en tissu importé, payé plus cher qu'il n'avait été vendu. Habiller l'État en local, c'était garantir une commande à toute une filière : ceux qui cultivent, celles qui filent, celles qui tissent.

Sankara est assassiné en 1987. Le Faso Dan Fani, lui, se porte toujours. Il a survécu parce qu'il n'était accroché à personne. Une fois que des familles vivent d'un savoir-faire, on ne le retire plus en changeant de gouvernement.

Ce qui compte, c'est ce qui continue sans vous

Ella Baker a construit une bonne partie du mouvement des droits civiques sans jamais mettre son nom dessus. En 1970, elle résume ce qu'elle a fait toute sa vie : ce qu'il faut, disait-elle, c'est former des gens qui cherchent moins à devenir des dirigeants qu'à faire émerger des dirigeants chez les autres.

C'est la même logique. Une organisation, une archive, un savoir-faire transmis : ce sont des choses qui tiennent debout quand celui qui les a lancées s'en va.

C'est aussi pour ça qu'on parle de Team Blackness. Ce qu'on veut construire n'est pas une voix qui parle au nom des gens, c'est un collectif où les gens se retrouvent. Une communauté n'a pas besoin qu'on lui dise quoi penser. Elle a besoin d'endroits où se reconnaître.

D'ailleurs on ne signe même pas nos articles. On aime la discrétion, et si on avait un service com', il nous le déconseillerait.

Un vêtement n'est pas la décoration d'un combat. C'est son outil.

Militer ne demande donc pas d'être irréprochable, ni d'avoir le ton juste, ni de crier au bon moment. Ça demande d'être constant.

Ce que ça veut dire chez nous

On n'est pas un gouvernement et on ne signe aucun décret. À notre échelle, bâtir tient dans des règles qu'on s'est données et qu'on ne négocie pas. Elles ne se voient pas de l'extérieur, et c'est justement à ça qu'on les reconnaît.

On ne publie jamais une citation qu'on ne peut pas retracer jusqu'à son auteur, même belle, même reprise partout. On cite des voix afrodescendantes en priorité, et on nomme celles qu'on a pris l'habitude d'oublier.

On écrit « personne réduite en esclavage », jamais « esclave ». Le premier décrit ce qu'on a fait à quelqu'un. Le second en fait une identité.

On publie toute l'année, pas seulement quand le calendrier le suggère. Un mois dédié rassure ceux qui n'ont rien à se reprocher les onze autres.

Et on fabrique des vêtements faits pour durer, ce qui est la même idée appliquée ailleurs. Un vêtement qui tient dix ans continue de dire quelque chose dix ans plus tard.

Rien de tout ça ne fait de bruit. Mis bout à bout, ça fait une archive, et une archive ne se laisse pas contredire.

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Née d'un engagement : faire vivre l'héritage africain et rassembler autour de lui. On n'a pas de leçons à donner. On regarde, on écrit, et ce qu'on comprend finit par devenir un vêtement.