Bridging the gap

Sodabi, akpeteshie, ogogoro : même boisson, même interdiction, même réponse

Trois pays, trois noms, une seule eau-de-vie. On leur a interdit la même chose par un même texte, et ils ont répondu pareil, la même décennie, sans jamais se parler.

Par Blackness Team

| 3 min de lecture
Sodabi, akpeteshie, ogogoro: same spirit, same ban, same answer

Sodabi au Bénin. Akpeteshie au Ghana. Ogogoro au Nigeria. Trois noms pour une seule eau-de-vie, interdite par un même texte, fabriquée la même décennie. Ce qui change d'un pays à l'autre, c'est le nom.

Même boisson

On aurait pu croire à trois alcools voisins. L'Oxford Companion to Spirits and Cocktails range akpeteshie, sodabi, ogogoro et kai kai sous une seule entrée : une même eau-de-vie de vin de palme, présente sur toute la côte ouest-africaine depuis les années trente.

Même interdiction

Le 10 septembre 1919, sept puissances signent en France une convention sur les spiritueux en Afrique. Un seul document pour tout le continent, qui exige de contrôler la fabrication locale. Les tirailleurs venaient de rentrer. Le sodabi n'existait pas encore. Le texte qui allait l'interdire était déjà signé.

Le motif affiché est la santé. Le vrai motif est l'argent. Sur la Gold Coast, avant 1914, les taxes sur l'alcool importé faisaient jusqu'à 40 % des recettes du gouvernement colonial. Chaque bouteille distillée au village, c'est une bouteille de gin qui ne se vend pas et une taxe qui ne rentre pas. En pleine crise des années trente, l'administration ne peut pas le tolérer.

Dès 1931, le Dahomey, la Gold Coast et le Nigeria l'appliquent. Amendes, prison, saisies. Au Ghana, l'interdit est entré dans la langue : akpeteshie vient du ga, ape te shie, ils se cachent. La boisson porte le nom du délit.

Même réponse

Au Dahomey, la technique rentre de France avec les tirailleurs, et la première distillation est datée de 1926. Au Nigeria, l'histoire qu'on se raconte parle de gens revenus des États-Unis, formés chez les bouilleurs de la Prohibition. Au Ghana, l'historien ghanéen Emmanuel Akyeampong pense que les producteurs de palme savaient probablement déjà distiller au XIXe siècle.

Trois récits, aucun lien entre eux. L'historien Giovanni Tonolo, qui a fouillé les archives du Dahomey, le dit sans détour : on sait très peu de choses sur la manière dont les Ouest-Africains ont appris, et le Dahomey est le seul cas qu'on peut dater. Personne n'a appris à personne. Et pourtant, la même décennie, la même réponse. Des forgerons qui montent des alambics. Des paysans qui plantent davantage de palmiers parce que l'arbre vaut soudain plus cher. Une boisson qui prend la place du gin jusque dans les cérémonies.

Ce n'est pas une idée qui a voyagé. C'est le même refus, arrivé au même endroit.

Et ce refus a été compris comme tel. Dès les années 1940, écrit Emmanuel Akyeampong, l'akpeteshie devient au Ghana un symbole des griefs africains sous le régime colonial. Le légaliser sera l'un des premiers actes du pays indépendant. Distiller n'était pas seulement survivre. C'était déjà militer.

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Aujourd'hui, les trois sont devenues la boisson nationale de leur pays.

Sodabi est parti d'une blague, des tee-shirts avec le nom d'une eau-de-vie. Puis on a lu cette histoire, et on a vu que même l'alcool était une façon de militer.


Tirailleurs : soldats recrutés par l'armée française dans ses colonies, souvent de force. Convention de 1919 : accord signé à Saint-Germain-en-Laye par les États-Unis, la Belgique, l'Empire britannique, la France, l'Italie, le Japon et le Portugal, sur le commerce et la fabrication d'alcool en Afrique.

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Née d'un engagement : faire vivre l'héritage africain et rassembler autour de lui. On n'a pas de leçons à donner. On regarde, on écrit, et ce qu'on comprend finit par devenir un vêtement.