Bridging the gap
Verser pour les ancêtres : la libation dans le vodun
Par Blackness Team
Bridging the gap
Par Blackness Team
Vu de loin, c'est de l'alcool qu'on jette. Quelques gouttes versées au sol avant de boire. Dans le vodun, ce geste a un nom : la libation. Et rien n'y est perdu. Tout y est adressé.
La libation est d'abord une politesse. On verse en nommant ceux qui précèdent. Et le sol devient une adresse : c'est là que reposent les ancêtres, c'est par là qu'on les rejoint.
Le geste ne va jamais seul. On parle en versant : on salue, on remercie, on demande. La parole porte le message, le liquide porte la parole.
Bien avant le sodabi, on versait l'atan, le vin de palme en fon. La boisson a changé de nom. Le geste n'a pas bougé.
Pourquoi verser pour des morts ? Parce qu'ils ne sont pas partis. Dans le vodun, on ne devient pas ancêtre en mourant. On le devient en ayant bien vécu. Et la famille continue de compter avec vous.
Le philosophe kényan John Mbiti appelait ces présences les « morts vivants » : sortis du monde visible, toujours membres de la maison. Ils parlent encore notre langue, écrivait-il, et déjà celle des esprits. Deux mondes, une même conversation.
Le chercheur ghanéen Kofi Asare Opoku le dit autrement : la communauté africaine ne rassemble pas seulement les vivants, elle rassemble aussi les morts. Et la libation est l'expression la plus concrète de cette idée. C'est la phrase qui nous a le plus arrêtés en préparant la collection Sodabi. On ne verse pas pour un souvenir. On sert quelqu'un de la famille. En premier, parce que c'est un aîné.
Le 15 septembre, la collection Sodabi arrive. Elle porte une phrase : « The first glass is for them ». Le premier verre est pour eux. C'est la libation, résumée en six mots.
On y voit aussi la plus courte définition de notre devise. Honorer le passé pour construire l'avenir : donner d'abord à ceux qui précèdent, puis avancer.
Verser, c'est ça. Pas un adieu. Une invitation.
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