Bridging the gap
Verser pour rentrer : la libation de l'autre côté de l'Atlantique
Par Blackness Team
Bridging the gap
Par Blackness Team
Au Bénin, on verse quelques gouttes avant de boire. En Haïti aussi. Le geste a traversé avec les personnes déportées. De l'autre côté, il ne servait plus seulement à saluer les ancêtres. Il servait à ramener quelqu'un chez lui.
En Haïti, on verse de l'eau à terre pour donner à boire aux lwa. Ça s'appelle le jété dlo, et c'est le geste qui ouvre les cérémonies. Au Bénin, on versait l'atan, puis le sodabi.
Le sociologue haïtien Laënnec Hurbon le rappelle simplement : les divinités ont voyagé avec ceux qu'on déportait. De là sont nés le candomblé au Brésil, la santeria à Cuba, le vodou à Saint-Domingue.
En droit colonial, une personne réduite en esclavage n'avait ni ascendant ni descendant. Le sociologue jamaïcain Orlando Patterson a donné un nom à ça : la mort sociale. Non pas être privé de liberté, mais être privé de lignée.
Hurbon écrit que le culte des morts n'était pas un simple héritage africain transporté. Il a reçu un sens neuf. À travers les ancêtres qu'on rejoignait, c'étaient les divinités du lignage et de l'origine qui étaient recherchées.
À Saint-Domingue, on croyait pouvoir retourner en Afrique à sa mort.
Nos ancêtres sont là. Ils marchent avec nous, ils ouvrent les portes, ils écoutent quand on verse.
Cette collection sert à le dire. Porter ces pièces, c'est rappeler le lien que rien n'a pu couper.
Jété dlo : verser de l'eau au sol pour désaltérer les esprits, au début d'une cérémonie vodou en Haïti.
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