Bridging the gap

Les Boni, héritiers du marronnage

En août 1776, les Boni traversaient le Maroni. Deux cent cinquante ans plus tard, ils fêtent pour la première fois leur propre journée du marronnage.

Par Blackness Team

| 3 min de lecture
Aerial view at sunrise of a river winding through dense rainforest, wrapped in morning mist. Image générée par IA

Le 21 août 2026, à Boniville, en Guyane française, la journée s'ouvre par une prière des chefs coutumiers. Puis viennent les danses awasa. Les Boni fêtent les 250 ans de leur arrivée, et pour la première fois, leur propre journée du marronnage.

Un peuple forgé dans le marronnage

Les Boni se sont formés dans la forêt du Suriname, par la rencontre d'Africains d'origines différentes qui avaient fui les plantations hollandaises. C'est ce que montre l'historien Jean Moomou, professeur à l'Université de Guyane. Son livre le dit dès son titre : la naissance d'un peuple. Ce n'est pas un groupe qui s'est caché. C'est une société qui s'est fondée.

En août 1776, ils traversent le Maroni, le fleuve qui sépare le Suriname de la Guyane, et s'installent côté guyanais. Les Ndyuka et les Saramaka, deux autres peuples marrons du Suriname, obtiennent la paix avec les Hollandais dès 1760 et 1762. Les Boni devront attendre 1860 pour voir leur liberté reconnue. Un siècle plus tard.

Une date ancrée dans les rituels et l'histoire

Le 10 juillet 2026, l'Assemblée de Guyane adopte sans voix contre une journée du marronnage des Boni. Elle porte un nom dans leur langue, l'aluku : A fiiman dei fu den Boni, le jour de la liberté des Boni.

L'idée ne vient pas des élus. Elle vient des peuples eux-mêmes. Le Grand Conseil coutumier, qui réunit les chefs traditionnels des peuples amérindiens et marrons de Guyane, l'avait votée dès octobre 2025.

La journée tombe le troisième vendredi d'août. Août ouvre la grande saison sèche, quand la forêt se traversait plus facilement et que les départs étaient les plus nombreux. Le vendredi, une partie des propriétaires de plantations du Suriname, de confession juive, entrait dans le sabbat : la surveillance se relâchait. Et le chiffre trois compte dans les rituels boni, aux funérailles comme après une naissance.

« Nous ne parlons pas de commémoration, mais de célébration », résume Jessi Américain, conseiller à l'Assemblée de Guyane, qui a porté le projet.

Un héritage vivant et contemporain

Pendant trois semaines, cette collection a parlé du marronnage au passé. Les Boni rappellent qu'il se conjugue aussi au présent.

On les appelle Boni, du nom de Bokilifu Boni, le chef qui les a menés pendant la guerre contre les Hollandais. Entre eux, ils se disent aussi Aluku, qui est le nom de leur langue. Les deux noms sont toujours utilisés. Le nom de la journée, écrit en aluku, contient d'ailleurs le mot Boni.

À Papaïchton, sur le haut Maroni, la commune qui se dit capitale du pays boni, les Jeux Aluku réunissent chaque année les villages. Au programme : remontée de pirogue, tir à l'arc, et une épreuve qui s'appelle le parcours de marronnage. L'héritage n'est pas une plaque commémorative. C'est une course qu'on dispute.

Pour Jean Moomou, l'héritage des ancêtres marrons tient en quatre verbes : résister, s'adapter, s'organiser, transmettre.

Cette collection

La collection Nèg Mawon rend hommage à ceux qui ont dit non. Les Boni montrent jusqu'où peut mener ce refus : il peut donner naissance à un peuple libre, avec ses chefs, sa langue et une mémoire qu'on fête.

Découvrir la Collection

Aller plus loin

Partager cet article

We are Blackness

Née d'un engagement : faire vivre l'héritage africain et rassembler autour de lui. On n'a pas de leçons à donner. On regarde, on écrit, et ce qu'on comprend finit par devenir un vêtement.